Pourquoi les humains s’autodétruisent (même quand ils cherchent à se prendre soin)

Introduction, le paradoxe humain

On aspire à se choyer : alimentation saine, routines de bien-être, sport… Mais parfois, paradoxalement, on choisit des comportements destructeurs comme l’abus d’alcool, le tabac ou d’autres échappatoires. Ce n’est pas un acte conscient de sabotage, c’est souvent le reflet d’un système nerveux fatigué qui cherche maladroitement à se réguler.

1. Le soin… et l’échappatoire involontaire

Nous faisons des efforts pour prendre soin de nous, mais le stress persistant peut empêcher ces actions bien intentionnées d’apaiser véritablement notre système nerveux. Lorsqu’on ne parvient plus à trouver un apaisement profond, certains se tournent vers des comportements nocifs : boire plus, fumer, ou toute autre échappatoire temporaire. Ce sont des auto-médications inconscientes, souvent sans volonté de nuire, mais guidées par un besoin instinctif de calmer l’anxiété intérieure.

2. Stress chronique et dérèglement de la dopamine

La science montre que le stress chronique altère fortement notre système de récompense dopaminergique. À long terme, cela réduit la capacité à ressentir du plaisir (anhédonie) : le cerveau est moins réceptif aux petites joies quotidiennes et réclame alors des stimulations plus fortes, même douloureuses ou destructrices, pour ressentir quelque chose. Ces stimuli finissent souvent par être l’alcool ou d’autres addictions, car ils fonctionnent comme des raccourcis vers une sensation temporaire de soulagement.

3. Boucle vicieuse : soulagement → chute → besoin

Le processus est souvent cyclique :

  • On ressent un soulagement temporaire suite à l’alcool, au tabac ou à une addiction.

  • Immédiatement, un sentiment de vide s’installe.

  • Pour combler ce vide, on recommence.
    Cette boucle addictive n’est pas un manque de volonté : c’est une réponse physiologique instinctive à un système nerveux en quête d’équilibre.

4. La douleur comme langage intérieur

Fiodor Dostoïevski explore ce phénomène avec une profondeur bouleversante. Dans Crime et châtiment, il écrit :

« Votre pire péché, c’est de vous être détruit et trahi pour rien. »
Ce texte exprime le désespoir d’une personne qui, consciente de sa dégradation, la ressent comme vaine, un cri intime, sans rédemption apparente.

Dans L’Idiot, il rappelle le duel intérieur constant :

« La loi de l’autodestruction et la loi de l’autoconservation sont également puissantes chez l’homme. »
Ces phrases montrent à quel point la pulsion de souffrir peut être aussi forte que celle de survivre.

5. Plus de conscience = plus de souffrance

Au chapitre Notes from Underground, le narrateur commence par :

« I am a sick man… I am a spiteful man… »
Il incarne cette conscience exacerbée qui conduit à de l’autodétestation. Comme un internaute l’a résumé :
“Dostoevsky, c’est le poids de voir trop profond, sentir trop fort.”
Ce sont des êtres sensibles au point que leur profondeur existentielle devient leur torture, la lucidité comme malédiction.

6. Le corps sait se réconcilier

Heureusement, le corps possède aussi une voie de sortie : le système nerveux parasympathique, qui permet la détente, la régénération. Des pratiques accessibles comme la respiration profonde, la méditation, la marche consciente ou le rire (simple sourire) stimulent la dopamine, la sérotonine et créent un réel apaisement, sans artifice.
Le Biofeedback TNS s’inscrit dans cette dynamique : au lieu d’imposer un médicament ou une discipline externe, il réapprend au corps à s’autoréguler, à sortir des cycles nocifs et à retrouver une sécurité intérieure.

Conclusion : reprendre contact

L’autodestruction n’est pas une pathologie morale, mais un signal d’alerte cérébral, une réponse désespérée d’un système nerveux épuisé. Ce signal mérite compassion, compréhension et une rééducation douce du corps-système nerveux. Grâce à des approches comme le biofeedback et des pratiques conscientes, on peut réapprendre à vivre, non pas en se punissant, mais en se ressentant en sécurité.

Références

  1. American Psychological Association. The Role of Dopamine in Motivation and Addiction. APA.org

  2. Volkow, N.D., Koob, G.F., McLellan, A.T. (2016). Neurobiologic Advances from the Brain Disease Model of Addiction. The New England Journal of Medicine, 374, 363–371. DOI: 10.1056/NEJMra1511480

  3. Arnsten, A.F.T. (2009). Stress signalling pathways that impair prefrontal cortex structure and function. Nature Reviews Neuroscience, 10, 410–422.

  4. Panksepp, J. (1998). Affective Neuroscience: The Foundations of Human and Animal Emotions. Oxford University Press.

  5. Dostoevsky, F. L’Idiot, Crime et châtiment, Notes from Underground.

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